Daniel Křetínský : parcours d’un investisseur européen atypique et source d’inspiration pour les étudiants en finance
Figure singulière du capitalisme européen, Daniel Křetínský s’est imposé en moins de vingt ans comme l’un des investisseurs les plus influents et les plus discrets du continent. À la tête d’un empire bâti autour de l’énergie, des infrastructures, de la distribution et des médias, il incarne une approche du capital-investissement fondée sur le long terme, la prise de risque contrariante et une lecture fine des cycles économiques.
Son parcours, à la croisée du droit, de la finance et de la stratégie industrielle, constitue un cas d’étude particulièrement intéressant pour les étudiants souhaitant comprendre les logiques profondes de l’investissement et de la création de valeur.
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Une formation juridique au service de la finance
Né en 1975 à Brno, en République tchèque, Daniel Křetínský se forme initialement au droit. Diplômé de l’Université Charles de Prague, il débute sa carrière comme avocat, spécialisé dans les questions de droit des affaires et de régulation. Cette formation juridique, loin d’être un frein, deviendra un atout déterminant dans la suite de son parcours.
Très tôt, il développe une capacité à comprendre des environnements réglementaires complexes, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures, où les décisions politiques jouent un rôle central. Cette maîtrise du cadre légal lui permet d’anticiper les évolutions structurelles des marchés et d’identifier des opportunités souvent négligées par les investisseurs traditionnels.
La naissance d’EPH et l’entrée dans l’énergie européenne
Le tournant majeur de sa carrière intervient au milieu des années 2000, lorsqu’il rejoint Energetický a průmyslový holding (EPH). Il en devient rapidement l’actionnaire principal et le dirigeant stratégique. Sous son impulsion, EPH adopte une stratégie à contre-courant : investir dans des actifs énergétiques jugés peu attractifs par le marché, notamment les centrales thermiques, les réseaux de transport et les infrastructures gazières.
Cette approche repose sur une vision claire : les actifs dits « délaissés » peuvent générer des flux de trésorerie stables lorsqu’ils sont bien structurés financièrement et exploités sur le long terme. Daniel Křetínský mise ainsi sur la résilience plutôt que sur la croissance rapide, privilégiant la discipline financière et l’optimisation opérationnelle.
Une stratégie d’investissement opportuniste et disciplinée
Au fil des années, EPH devient un acteur incontournable du paysage énergétique européen. Le groupe multiplie les acquisitions en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Italie et en Europe centrale. Chaque opération repose sur une logique similaire : acheter des actifs complexes, parfois politiquement sensibles, à des valorisations attractives, puis en extraire de la valeur grâce à une gestion rigoureuse.
Cette stratégie révèle un trait fondamental de Daniel Křetínský : sa capacité à investir là où le consensus est négatif. Contrairement à de nombreux fonds qui suivent les tendances dominantes, il adopte une posture contrariante, fondée sur une analyse approfondie des fondamentaux économiques et réglementaires.
Une diversification progressive au-delà de l’énergie
À partir des années 2010, Daniel Křetínský étend progressivement son périmètre d’investissement. Il prend des participations significatives dans la distribution (Metro AG), la logistique, l’immobilier et les médias. En France, il devient notamment actionnaire du groupe Le Monde, de Marianne et d’Editis, illustrant son intérêt pour des actifs stratégiques à forte dimension politique et sociétale.
Cette diversification ne traduit pas une dispersion, mais une logique cohérente : investir dans des secteurs essentiels, souvent sous pression, mais disposant d’actifs tangibles et de positions de marché solides. Là encore, la création de valeur repose sur le temps long et la compréhension fine des enjeux structurels.
Un investisseur discret mais influent
Contrairement à d’autres figures du capital-investissement, Daniel Křetínský cultive une grande discrétion médiatique. Peu présent dans les classements traditionnels ou les conférences financières, il privilégie l’efficacité opérationnelle à la communication.
Cette posture renforce son image d’investisseur stratégique, capable de dialoguer avec les pouvoirs publics, les régulateurs et les dirigeants industriels. Son influence dépasse largement le cadre financier : ses décisions ont un impact direct sur des secteurs clés de l’économie européenne, notamment l’énergie et les infrastructures.
Pourquoi le parcours de Daniel Křetínský est inspirant pour un étudiant en finance
Le parcours de Daniel Křetínský présente plusieurs enseignements majeurs pour les étudiants en finance. Tout d’abord, il démontre que les trajectoires non linéaires peuvent mener à des carrières d’exception. Une formation juridique, combinée à une forte appétence pour les enjeux économiques, peut constituer un socle solide pour évoluer dans l’investissement.
Ensuite, son approche rappelle l’importance de la compréhension des cycles et des contextes macroéconomiques. Investir avec succès ne consiste pas uniquement à modéliser des flux financiers, mais à intégrer des dimensions politiques, réglementaires et industrielles.
Enfin, son parcours illustre la valeur du temps long en finance. À l’heure où de nombreux étudiants sont attirés par des stratégies de court terme ou des logiques purement transactionnelles, Daniel Křetínský incarne une vision patiente et disciplinée de l’investissement, fondée sur la conviction et la gestion du risque.
Conclusion
Daniel Křetínský s’impose aujourd’hui comme l’un des symboles d’un capitalisme européen pragmatique, loin des excès spéculatifs, mais résolument tourné vers la création de valeur durable. Son parcours rappelle que la finance peut être un outil au service de stratégies industrielles ambitieuses, à condition d’en maîtriser les ressorts et les contraintes.
Pour les étudiants en finance, son histoire constitue une source d’inspiration précieuse : elle montre qu’une carrière réussie repose autant sur la rigueur intellectuelle que sur la capacité à penser différemment et à investir là où peu osent s’aventurer.