Pourquoi les fonds de private equity valorisent de plus en plus les profils opérationnels

Pourquoi les fonds de private equity valorisent de plus en plus les profils opérationnels

Pendant longtemps, le private equity a été perçu comme un univers dominé par la finance pure. Les fonds privilégiaient quasi exclusivement des profils issus de la banque d’investissement, du conseil en stratégie ou de l’audit transactionnel, capables de structurer des opérations complexes et de modéliser des scénarios financiers sophistiqués. Cette approche, centrée sur l’ingénierie financière, a profondément marqué l’ADN du secteur.

Pourtant, depuis une dizaine d’années, un changement progressif mais profond s’opère. Les fonds de private equity accordent désormais une importance croissante aux profils dits « opérationnels », capables d’intervenir directement sur la performance des entreprises en portefeuille. Cette évolution n’est pas anodine : elle reflète une transformation structurelle du modèle de création de valeur du private equity.

   

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L’évolution du modèle de création de valeur en private equity

   

Historiquement, la performance des fonds reposait largement sur l’effet de levier, l’arbitrage de multiples et l’optimisation de la structure financière. Dans un environnement de taux bas et de croissance soutenue, ces leviers permettaient d’obtenir des rendements attractifs sans transformation profonde des entreprises acquises.

Aujourd’hui, ce modèle montre ses limites. La hausse des taux d’intérêt, la concurrence accrue entre fonds et la raréfaction des actifs de qualité réduisent mécaniquement les marges de manœuvre financières. La création de valeur repose de plus en plus sur l’amélioration opérationnelle des sociétés en portefeuille, et non plus uniquement sur des mécanismes financiers.

Dans ce contexte, la capacité à piloter la croissance, à améliorer les marges et à structurer les organisations devient un facteur différenciant majeur.

  

Le rôle croissant des profils opérationnels au sein des fonds

  

Les profils opérationnels apportent une expertise concrète issue du terrain. Ils sont souvent d’anciens dirigeants, managers de business units, consultants spécialisés ou cadres ayant exercé des responsabilités stratégiques et opérationnelles au sein d’entreprises industrielles ou de services.

Leur rôle consiste à accompagner les participations dans des domaines clés tels que la stratégie commerciale, l’optimisation des processus, la digitalisation, la gestion des talents ou encore l’expansion internationale. Contrairement aux investisseurs financiers, ils interviennent dans l’exécution quotidienne des plans de création de valeur.

Cette proximité avec les équipes dirigeantes permet une compréhension fine des enjeux opérationnels, souvent difficile à appréhender uniquement à travers des tableaux financiers.

   

L’émergence des Operating Partners et des équipes dédiées

  

Cette évolution s’est traduite par la création de fonctions spécifiques au sein des fonds. Les Operating Partners, Operating Directors ou Value Creation Teams sont désormais des composantes essentielles de nombreuses plateformes de private equity, notamment dans le mid-market et le large-cap.

Ces équipes travaillent en étroite collaboration avec les investment teams dès la phase de due diligence. Leur intervention en amont permet d’évaluer le potentiel opérationnel d’une cible et d’identifier rapidement les leviers d’amélioration post-acquisition.

L’opérationnel devient ainsi un critère d’investissement à part entière, au même titre que la croissance historique ou la génération de cash-flow.

  

Une réponse à des environnements économiques plus complexes

  

Les entreprises évoluent aujourd’hui dans des environnements marqués par une forte incertitude : inflation, tensions sur les chaînes d’approvisionnement, mutations technologiques rapides et pression réglementaire accrue. Dans ce contexte, la simple optimisation financière ne suffit plus à protéger ou accroître la valeur d’un actif.

Les profils opérationnels sont particulièrement adaptés à ces situations complexes. Leur expérience leur permet de gérer des phases de transformation, de restructuration ou de changement stratégique profond, souvent indispensables pour sécuriser les performances à long terme.

La capacité à exécuter devient aussi importante que la capacité à analyser, ce qui explique l’intérêt croissant des fonds pour ces profils hybrides.

  

Un impact direct sur la performance des participations

  

De nombreuses études internes aux fonds montrent que les sociétés bénéficiant d’un accompagnement opérationnel structuré affichent de meilleures performances sur la durée. L’amélioration des marges, la professionnalisation des fonctions clés et la mise en place d’indicateurs de pilotage efficaces contribuent directement à la création de valeur.

Les profils opérationnels jouent également un rôle clé dans la préparation des sorties. En structurant les organisations et en fiabilisant les process, ils rendent les entreprises plus attractives pour des acquéreurs industriels ou financiers.

La valeur créée est alors plus durable et plus défendable, indépendamment des cycles de marché.

  

Des profils de plus en plus recherchés par les fonds

  

Cette tendance se reflète dans les recrutements. Les fonds recherchent désormais des profils capables de combiner une vision stratégique avec une forte capacité d’exécution. Une expérience préalable en finance reste souvent appréciée, mais elle n’est plus suffisante à elle seule.

Les candidats issus du conseil en stratégie avec une exposition opérationnelle, de l’industrie ou de la direction générale trouvent aujourd’hui une place croissante au sein des équipes de private equity. Cette diversification des parcours enrichit la culture des fonds et renforce leur capacité d’action.

Le private equity s’éloigne progressivement d’un modèle exclusivement financier, pour adopter une approche plus entrepreneuriale.

  

Les limites et les défis de cette approche

   

Malgré ses avantages, l’intégration de profils opérationnels pose également des défis. L’alignement avec les équipes dirigeantes des participations peut parfois être délicat, notamment lorsque les rôles et responsabilités ne sont pas clairement définis.

De plus, la création de valeur opérationnelle nécessite du temps, ce qui peut entrer en tension avec les horizons d’investissement relativement courts de certains fonds. La réussite de ce modèle repose donc sur une gouvernance équilibrée et une collaboration étroite entre investisseurs financiers et opérationnels.

  

Conclusion

La montée en puissance des profils opérationnels dans le private equity reflète une évolution profonde du secteur. Face à un environnement plus compétitif et incertain, les fonds ne peuvent plus se contenter d’une approche centrée sur la finance.

En valorisant des profils capables d’agir directement sur la performance des entreprises, le private equity renforce sa capacité à créer de la valeur réelle et durable. Cette transformation marque le passage d’un capital financier à un capital véritablement entrepreneurial, où l’exécution devient un levier stratégique majeur.