Faut-il commencer sa carrière en Big Four avant de rejoindre la finance ?
Pour de nombreux étudiants en école de commerce ou à l’université, la question du premier poste est déterminante. Dans un environnement extrêmement concurrentiel, le passage par un Big Four est souvent perçu comme une voie sécurisante, voire stratégique, avant d’envisager une carrière en finance d’entreprise, en M&A, en private equity ou en audit transactionnel. Pourtant, ce choix n’est ni automatique ni universel. Commencer sa carrière en Big Four présente des avantages indéniables, mais aussi des limites qu’il convient d’analyser avec rigueur.
Cet article propose une réflexion structurée sur l’opportunité de débuter en Big Four avant de rejoindre la finance, en tenant compte des réalités du marché et des trajectoires professionnelles observées.
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Les Big Four : une porte d’entrée structurante dans le monde professionnel
Les cabinets du Big Four occupent une place centrale dans l’écosystème financier mondial. Ils interviennent auprès d’entreprises de toutes tailles, sur des problématiques clés telles que l’audit, le conseil, la transaction ou la fiscalité. Pour un jeune diplômé, intégrer un Big Four permet avant tout de bénéficier d’un environnement extrêmement structuré.
La formation initiale y est souvent rigoureuse, progressive et encadrée. Les juniors acquièrent rapidement des bases solides en comptabilité, en analyse financière, en compréhension des états financiers et en méthodologie de travail. Cette montée en compétence rapide constitue l’un des principaux atouts de ce type de parcours. Le Big Four joue ainsi un rôle d’école professionnelle, particulièrement apprécié sur un CV.
Par ailleurs, la notoriété de ces cabinets agit comme un signal de crédibilité auprès des recruteurs en finance. Elle rassure quant à la capacité du candidat à travailler sous pression, à respecter des standards élevés et à évoluer dans des environnements exigeants.
Les compétences réellement transférables vers la finance
L’un des arguments majeurs en faveur d’un passage par un Big Four réside dans la transférabilité des compétences acquises. En audit financier, par exemple, les jeunes professionnels développent une compréhension fine des mécanismes comptables, de la structuration du bilan, du compte de résultat et des flux de trésorerie. Cette maîtrise technique est particulièrement valorisée en M&A, en restructuring ou en private equity.
Dans les équipes de transaction services ou de valuation, l’exposition est encore plus directe : analyses de performance, modélisation financière, due diligences, interactions avec des banquiers d’affaires ou des fonds d’investissement. Ces expériences constituent souvent un tremplin naturel vers des métiers plus “front office”.
Ainsi, pour certains profils, le Big Four représente un sas de transition permettant d’acquérir des compétences fondamentales avant d’accéder à des postes plus sélectifs en finance.
Un environnement exigeant mais formateur
Travailler en Big Four implique une charge de travail soutenue, des périodes de forte intensité et une pression constante sur la qualité des livrables. Cette exigence constitue à la fois une contrainte et un avantage. Elle forge une discipline professionnelle, une capacité à gérer les priorités et une résistance au stress qui sont essentielles dans les métiers de la finance.
De nombreux recruteurs considèrent que les profils passés par un Big Four ont été confrontés très tôt à la réalité opérationnelle des entreprises. Cette expérience développe une maturité professionnelle souvent supérieure à celle de profils n’ayant connu que des environnements académiques ou très théoriques.
Cependant, cette intensité peut également entraîner une certaine lassitude, notamment chez les profils attirés par des missions plus stratégiques ou décisionnelles à court terme.
Les limites d’un passage par les Big Four
Malgré leurs atouts, les Big Four ne constituent pas une voie idéale pour tous les candidats à la finance. L’une des critiques récurrentes concerne la distance avec la prise de décision stratégique. En audit ou en conseil, le rôle reste souvent consultatif, avec une implication limitée dans les arbitrages finaux.
Par ailleurs, le rythme d’évolution peut paraître lent pour certains profils ambitieux. Les passages vers la finance de marché, le private equity “mid-cap” ou le M&A en banque d’investissement restent possibles, mais nécessitent souvent un positionnement clair dès le départ, voire une spécialisation ciblée (transaction services, valuation, restructuring).
Enfin, un passage prolongé en audit généraliste peut parfois rendre la transition plus difficile. Le Big Four n’est pas une fin en soi, mais un outil dont l’efficacité dépend largement de la stratégie de carrière adoptée.
Faut-il privilégier une entrée directe en finance ?
Pour certains profils, une entrée directe en banque d’investissement, en asset management ou en fonds d’investissement peut s’avérer plus pertinente. Les étudiants ayant réalisé plusieurs stages en finance, disposant d’un solide bagage technique et d’un réseau déjà établi, peuvent légitimement viser ces postes dès la sortie d’école.
Ces trajectoires offrent une exposition plus rapide aux enjeux stratégiques, à la modélisation avancée et à la relation client ou investisseur. Elles impliquent toutefois une sélection plus stricte et un environnement parfois encore plus compétitif.
Le choix entre Big Four et finance directe dépend donc largement du profil, du niveau de préparation et des objectifs de long terme.
Une question de stratégie personnelle plus que de hiérarchie
Il serait réducteur de considérer le Big Four comme une voie “inférieure” ou “secondaire” par rapport à la finance. Dans de nombreux cas, il constitue au contraire une étape structurante, permettant de consolider des bases techniques et d’affiner son projet professionnel.
Ce qui distingue les parcours réussis, ce n’est pas tant le point de départ que la cohérence des choix effectués. Un passage en Big Four bien ciblé, suivi d’une transition réfléchie vers la finance, peut s’avérer extrêmement efficace. À l’inverse, une entrée directe en finance sans préparation suffisante peut conduire à des difficultés d’adaptation.
La clé réside dans l’anticipation, la spécialisation progressive et la capacité à valoriser ses expériences.
Conclusion
Commencer sa carrière en Big Four avant de rejoindre la finance n’est ni une obligation ni une erreur. Il s’agit d’une option stratégique, particulièrement pertinente pour les profils souhaitant renforcer leurs compétences techniques, acquérir une discipline professionnelle solide et sécuriser leur trajectoire.
Le Big Four offre un cadre formateur, reconnu et structurant, mais doit être envisagé comme une étape et non comme une finalité. Pour les étudiants en finance, l’enjeu n’est pas tant de choisir la “meilleure” voie que de construire un parcours cohérent, aligné avec leurs aspirations et les réalités du marché.
Dans un univers où les carrières sont de moins en moins linéaires, la capacité à faire des choix réfléchis et à donner du sens à chaque expérience reste, plus que jamais, un facteur déterminant de réussite.