Faire du M&A à Londres après Audencia : entretien avec Quentin Lagny (Moelis)
Trainy part aujourd’hui à la rencontre de Quentin Lagny. Après des études à Audencia, il est désormais Analyste généraliste secteurs et produits (M&A / Restructuring) chez Moelis Londres.
Début de parcours
Peux-tu revenir sur ton parcours, de la prépa EC à Bergson jusqu’à ton poste actuel chez Moelis à Londres ?
J’ai un parcours un peu atypique. Bac S dans un lycée du centre de la France près de Tours, puis un BTS en immobilier avant de me réorienter en classe préparatoire ECG (ECS à l'époque) à Angers. J’ai ensuite intégré le PGE d’Audencia à Nantes, où j’ai réalisé plusieurs stages : en M&A (Transactions & Compagnie, Natixis Partners et Deutsche Bank) et en PE (Antin Infrastructure Partners), avec un échange universitaire à Rabat au Maroc et une majeure en finance.
J’ai rejoint Moelis à Londres en juillet dernier, où je suis Analyste généraliste secteurs et produits (M&A / Restructuring).
Lire plus : Audencia annonce un partenariat avec Stanford
En prépa EC à Bergson, quel type d’étudiant étais-tu ? Avais-tu déjà une idée précise de ce que tu voulais faire ?
Au lycée, j’étais un élève moyen et assez peu investi : j’avais une moyenne correcte (~13-14) grâce à certaines facilités, mais sans vraiment travailler. En revanche, je suis arrivé en prépa avec beaucoup de motivation et d'ambition en prépa. Je ne savais pas encore précisément ce que je voulais faire, mais j’étais certain de vouloir travailler en finance.
Pourquoi avoir choisi Audencia après les concours ?
Audencia est une école reconnue comme une référence en finance, le choix s’est fait naturellement. J’avais pu déjà voir à l'époque sur Linkedin de nombreux alumni de l’école accédez à des postes importants dans des boutiques et banques de renom.
Comment as-tu structuré ton parcours à Audencia pour viser la banque d’affaires (choix de majeure, stages, engagements, networking…) ?
En arrivant à Audencia, je me suis très vite rendu compte que je voulais faire du M&A. J’ai donc commencé très tôt à networker, aussi bien en interne (avec des étudiants d’Audencia) qu’en externe (étudiants / professionnels).
Concrètement, je passais beaucoup de temps à appeler des personnes, envoyer des messages LinkedIn et des candidatures spontanées pour aller chercher trois informations cruciales : (i) à qui envoyer mon CV, (ii) quand envoyer mon CV et (iii) comment envoyer mon CV.
Comment l’école t’a-t-elle aidé à atteindre ces objectifs ?
La chose la plus précieuse d’Audencia lorsque l’on veut travailler en finance, c'est certainement le réseau alumni. J’ai pu - comme mentionné précédemment - discuté avec énormément de professionnels issus de l’école et cela a été fondamental pour mes candidatures.
L’école fait également en sorte que l’on puisse atteindre nos objectifs. Premièrement, nous sommes bien armés pour les entretiens grâce à la profondeur des cours de finance, notamment en majeure. Deuxièmement, le suivi administratif est excellent, notamment via le career fair qui accompagne les étudiants au quotidien.
Lire plus : découvrez le nouveau plan stratégique d'Audencia
Construire un parcours cohérent en finance : progression, choix et stratégie
Tu as enchaîné Transactions & Cie, Natixis, Deutsche Bank, Antin Infrastructure à Londres, puis Moelis. Comment as-tu pensé cette progression ? Était-elle pensée stratégiquement dès le départ ?
J’ai toujours visé le plus haut possible, à savoir le large cap. Mon idée était que par la suite, c’était le meilleur moyen de garder le plus de portes ouvertes : rester en Large cap ou revenir vers du Mid cap.
À quel moment as-tu décidé de viser Londres plutôt que Paris ?
Très tôt, j’ai ciblé Londres qui correspondait davantage à ce que je recherchais : marché plus gros, plus d'opportunités, plus international. Comme beaucoup, j’ai tenté les Summer Internships sans succès. J’ai donc pivoté vers les Off-Cycle et une fois sur place à Londres, c’était bien plus simple d’y rester.
Comment réussit-on à passer d’un premier stage en M&A en France à une banque d’affaires internationale à Londres ? Qu’est-ce qui fait la différence ?
La clé, c’est la persévérance et la résilience. Le parcours se construit étape par étape.
Il est normal de faire face à beaucoup de refus, même lorsque l’on vient d’une excellente école. La vraie difficulté, c’est de convertir les opportunités quand elles se présentent : réussir les entretiens, apprendre de ses erreurs et recommencer.
Lire plus : les grandes étapes d'une opération de M&A
Aujourd’hui avec le recul, quels ont été les choix les plus déterminants dans ton parcours ?
Il ne faut jamais lâcher. Et au-delà du travail, rester quelqu’un de sympa, accessible, sans ego et aider les autres est essentiel sur le long terme. Rien n’est impossible, on peut arriver où l’on souhaite : c’est simplement une question d’implication et de pugnacité.
Intégrer et durer en banque d’affaires
Concrètement, à quoi ressemble ton quotidien chez Moelis à Londres ?
Mon quotidien est assez classique par rapport à ce que l’on peut retrouver dans les banques concurrentes. Il est partagé entre recherches, production de documents marketings, valorisation, gestion du process sur des live-deals, etc. Etant dans une boutique et non une banque, je bénéficie en revanche d’une meilleure exposition car les équipes sont plus petites.
Quelles compétences sont réellement indispensables pour performer en M&A aujourd’hui ?
Les compétences techniques ne sont pas aussi difficiles que dans certains autres métiers en finance. Elles demandent simplement du bachotage et de la répétition.
Mentalement, il est indispensable d’être résilient, persévérant, curieux et proactif. C’est un métier qui demande de la niaque si l’on veut tenir sur le long terme.
Relationnellement, la négociation et de bonnes relations commerciales sont indispensables, mais davantage à mesure que l’on devient plus senior - notamment à partir du poste de Vice-Président.
Le milieu est réputé exigeant. Est-ce que c’est vraiment si intense que ce qu’il se dit ? Comment tient-on dans la durée à ce niveau d’intensité ?
Le milieu est effectivement exigeant. Les horaires, la pression et le stress sont conséquents même si cela dépend de la structure et de l’équipe que vous rejoignez. Les horaires ne seront pas les mêmes si vous travaillez en small/mid-cap ou en large cap. De même, ils peuvent varier d’une équipe à l’autre au sein d’une même structure (réputation de l’équipe, deal flow, etc.). Pour tenir, pas de secret - une bonne hygiène de vie, une bonne santé mentale (c’est important de s’entourer des bonnes personnes, que ce soit au travail ou en dehors). Se challenger / se donner des objectifs est aussi un moyen de s’incentiver à moyen et long-terme.
Quelles erreurs vois-tu souvent chez les étudiants qui veulent intégrer les banques d’affaires, le M&A ou la finance en général ?
Excellente question - je dirais le manque de persévérance et de proactivité. On voit trop de personnes dire qu’elles n’ont jamais de retours ou d’entretiens, mais qui ne se donnent pas vraiment les moyens de réussir. À titre d’exemple, j’envoyais des dizaines de messages LinkedIn par jour et une trentaine de mails (candidatures spontanées, networking). L’idée est de ne pas forcer avec les personnes mais d’agir intelligemment. Si l’on va chercher les bonnes informations (quand postuler, à qui shooter son CV, comment candidater) alors les retours tomberont. La quantité aide beaucoup certes en début de parcours, puis il est possible d’affiner ses cibles (banques, structures) et d’améliorer la qualité de ses recherches. Rester modeste et sympathique est également important.
Avec le recul, referais-tu exactement les mêmes choix ?
J’essaierais sûrement de diversifier davantage mes expériences professionnelles et j’aurais aimé découvrir un autre secteur de la finance. Mais, hormis cela, oui, je referais les mêmes choix. Cela reste exigeant et demande beaucoup d’implication / d’efforts, mais c’est aussi très formateur.